Paint it, black ◊ Vlad&Alex
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Vladimir Skender
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MessageSujet: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Mar 7 Aoû - 15:51

Il erre. Sous la lumière ambrée des lampadaires, il déambule. Personne ne le voit vraiment. Personne n’est vraiment là, dehors. Ils sont tous derrière les vitres, devant leur télévision, sous la couette avec un livre. Lui, il est dehors. Il flâne comme une ombre, à peine plus bruyant à cause de ses souliers de qualité, du froissement délicat de son manteau taillé sur mesure. Le chaud, le froid, ça ne l’impacte plus depuis longtemps. Le temps non plus. Les émotions… accessoires, sauf lorsque la rage l’avale goulûment. La soif… oh la soif. C’est pour cela qu’il est dehors. Âme en peine. Âme en perdition. Pour ne pas la perdre un peu plus, pour ne pas s’affranchir totalement de ce fragment d’humanité qui s’accroche à lui comme un lambeau sanguinolent, il sort, il chasse, il boit. Il ne tue pas. Non. Il évite, quand la rage ne le saisit pas à la gorge. Œsophage enflammé.

Il grogne. Le bruit des rails est presque assourdissant. Il penche la tête, comme si ça pouvait atténuer ce son, ce vacarme. Il guette. Il épie. Dans le noir, tapis. À l’affut d’une proie. De quelqu’un que personne ne veut plus. Faible, abandonné, loin de l’attention de la société. La nausée le prend, parfois. Non pas à cause de cette nourriture de seconde main, mais bien par ces puissants qui oublient les faibles, qui détournent les yeux, loin. À une époque, il les avait plantés sur des pics, ceux qui traitaient mal son peuple. Mais ces Français n’étaient pas son peuple. Il ne ressentait rien pour cette race, ce bétail. Les Transylvaniens… C’était autre chose. Ce peuple, loin dans les montagnes et les plaines glacées.

Les freins grincent le métal, les étincelles sifflent. Le train en provenance de Marseille est arrivé en gare. Il passe par-dessus un grillage, ombre parmi les ombres. Son manteau ne souffre pas du barbelé. Il slalome entre les wagons, hume l’air en quête de sa proie. Il a l’impression de ne plus exister. Il grimpe sur le quai. Ses chaussures claquent sur la pierre. Ses yeux s’assombrissent, luisent légèrement d’or. Il doit se nourrir, sinon la rage, la soif… La perte de contrôle. Il vacille légèrement. Un des passagers le rattrape par automatisme alors qu’il passe à côté de lui. La veine qui pulse à son cou l’attire comme un papillon à une flamme. Il s’arrête, la regarde vibrer sous la peau, si proche, tellement accessible. Il croise le regard de l’homme, tout aussi inquiet qu’embêté. Le voyage de nuit n’a pas été reposant. Il veut juste retrouver son domicile, dormir, câliner sa femme. Non, ça ne sera pas sur lui qu’il se nourrira aujourd’hui.

Alors il s’éloigne, laisse l’homme à sa nuit qui s’achève. Il vient se poster contre le mur, près de la porte. Il observe les voyageurs. Il a l’impression de n’être plus lui-même. Il doit ressembler à un homme d’affaires ivre. Là, un regard fuyant. Des pas précipités. Un baluchon remonté sur une épaule… Oui. Ce garçon devrait faire l’affaire… Ou bien… son regard tombe dans celui d’une jeune femme. Il cligne des paupières, incertain de comment elle est arrivée là. Elle n’est pas descendue du train. Vient-elle chercher quelqu’un ? Il fronce légèrement les sourcils. Que fait-elle là ? Pourquoi a-t-elle attiré son regard ? Quand il se raccroche au reste du monde, il se rend compte que sa proie a disparu… et un grognement franchi la barrière de ses lèvres, à mi-chemin entre la faim et l’exaspération.

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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Mar 7 Aoû - 22:29

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Les prunelles dans la vague. La mort dans l'âme. J'erre. Les iris dans le ciel, le cœur lourd, j'inspire et expire tout en mordillant ma lèvre inférieure. Je la malaxe entre mes dents, la torture, la malmène. Mes pas me conduisent là où le vent me mène. J'ignore où je vais. Un frisson s'empare de ma nuque malgré la chaleur moite du sud. J'ai vaincu une créature. Je me traîne, les pognes dans les poches, le palpitant qui pulse si lentement que je me crois presque morte. Ce démon m'avait attaquée. Il allait tuer un être un humain. Un homme certes stupide, mais que je me devais de protéger. Alors pourquoi la culpabilité me ronge à ce point ? Pourquoi j'ai tellement envie d'hurler ? Je baisse mes iris sur mes tennis et mes guibolles à la repousse qui gratte. J'éclate une canette de pierre avant de me pencher pour la jeter moi-même dans une poubelle. Dans ce monde sublime qui part en dérive. Je revois la tête de requin pratiquement pulvérisée. Le sang gluant d'une couleur et une consistance inhabituelle. Les vampires partent en poussière. Ils sont techniquement morts.

La même question me trotte inlassablement en tête.

Avait-il une famille à nourrir ? J'ai bien appris que les démons avaient leurs propres bars. Tout est possible dans ce monde de tarés. Le train en provenance de Marseille est arrivé en gare. J'hausse un sourcil, lève mes iris et réalise que mes pieds m'ont menée jusqu'à la gare de Lyon. Tiens, c'est pourtant pas un coin où je zone habituellement... Je mordille à nouveau ma lèvre et replace correctement ma gratte sur mon épaule, toujours aussi bien protégée par son étuis. En vérité, ça doit être ma troisième gratte payée par Sébastian. Les démons me les bousillent toutes. Ma sœur m'avait offert la première... J'inspire à nouveau l'air moite et nauséabond, typique des gares, toutes régions et pays confondu-e-s. Quoi que, celles de Belgique sentent vachement plus la frite. Le grincement du train m'a même pas réveillée de ma torpeur. Je fixe les wagons. Les passants. Avec une vague idée saugrenue en tête. Un train qui fout le camp, ça fout le bordel, non ? Mes prunelles s'attardent ici et là sans jamais rien voir.

Jusqu'à ce que mes sens m'alertent.

J'élève le menton pour croiser le regard d'un brun calé contre un mur, près des portes du train en gare. Et je me détourne presque aussitôt, trop blasée, trop meurtrie. J'inspire. J'attends. Si le train fait assez de bruit pour me permettre d'évacuer, alors... Les minutes défilent et après un temps interminable, le train fait demi-tour vers Marseille. Visiblement, même à cette heure, les gens foutent le camp. J'hésite. Je mordille. Je baisse les yeux. Je serre les poings. Les dents. Jusqu'à ce qu'un couinement de métal hurlant motive mes cordes vocales. J'élève les iris, bascule la tête en arrière et hurle à plein poumon. Si fort que mes pauvres vocales habituées au chant m'en font mal. Tant pis, je me reposerai demain. Là, je vide mon sac. J'ignore si les gens m'entendent et me voient. Faut que ça sorte. Mon cri de terreur et de rage s'effrite au même rythme que le train qui décolle. J'ai même pas remarqué que je pleurais. Je renifle, lâche un rire nerveux, cinglé. Mes épaules tressautent et je recule pour m'effondrer sur le banc. Rire. Larmes. J'hésite entre les deux avant d'éclater en sanglot. La pudeur s'impose.

Je masque cette foutue faiblesse au monde et vautre mon visage humide dans mes mains ouvertes. Et je chiale, chiale, chiale...

Parce qu'à partir de maintenant, j'suis une foutue meurtrière.



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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Mar 7 Aoû - 22:50

Le train redémarre. Il a laissé passer sa chance. Les voyageurs ont quitté la gare, et il se retrouve tout seul sur le quai, près de la porte. Il n’a pas bougé d’un pouce. Quand les roues assaillent le rail, pourtant, au-delà du cri strident du métal sur le métal, il entend un cri. Un cri déchirant, qui doit certainement retourner les entrailles de la personne qui l’a poussé. Un cri qui fait écho à divers souvenirs chez le voïvode. Lui n’a jamais hurlé lorsqu’il a tué son premier homme. Les temps étaient différents, son éducation aussi. Il avait pourtant vomi, la première fois où il s’était nourri d’un homme. Malgré sa nouvelle nature qui l’imposait, il avait vomi, des bribes d’humanité s’accrochant à son esprit… Puis tout avait disparu dans un nuage de rouge fumé. Combien en avait-il semé, derrière lui ? Les visages s’estompaient. Il avait tué plus qu’à son compte avant même que la malédiction ne s’empare de son corps. Il avait parfois l’impression qu’il avait tué plus avant de devenir un monstre… du moins un monstre comme les superstitieux l’entendaient, car de monstre, il en avait toutes les qualités tout en restant homme.

Finalement, les derniers wagons s’égrènent vers le sud. De l’autre côté des rails, la demoiselle brune s’était laissé tomber sur un banc. Celle-là même qui l’avait distrait de sa proie. Elle oscille entre le rire et les larmes, des sanglots la secouent. Même depuis l’autre côté, le vampire la voit, l’entend. Quel événement s’était produit pour la chambouler à ce point ? Étrangement, Vlad ne se disait pas que ça faisait d’elle une proie facile. Enfin, étrangement pour les autres… car pour Vlad, ne pas se fier aux apparences était monnaie courante. Et puis… il ne s’attaquait pas aux faibles. À ceux qu’on ne regretterait pas, ça oui… mais pas les faibles. Il avait bien trop de dignité pour ça.

Il força une inspiration inutile dans ses poumons inertes et décolla du mur. Il se mouvait parmi les ombres comme s’il pouvait y disparaître et en ressortir ailleurs. Il pouvait presque en sentir la caresse sur son corps. Il avait soif, malgré tout. Il devrait se nourrir. Ce soir. Ou au pire le lendemain. Pas plus tard. Sinon il risquait la vie de mortels qu’il n’aurait pas choisis. Ses pas claquent sur la pierre. Il ne quitte pas la demoiselle des yeux, toute noyée à son chagrin. L’entend-t-elle seulement se rapprocher ? Sûrement. Y prête-elle attention ? Il n’en sait rien.

Plutôt que de traverser directement en descendant les rails, l’ancien voïvode trouve la passerelle qui enjambe le trou pour passer de l’autre côté. Le tout n’est pas de la faire fuir. Il sait que s’il déclenche la course-poursuite, la soif et la chasse prendront le dessus. Alors à la place, il s’intime une démarche maitrisée, calculée, jusqu’à s’arrêter près de la demoiselle. Peut-être voit-elle le bout de ses chaussures dans son champ de vision. De ses longs doigts, il tire doucement sur les pattes de son pantalon pour pouvoir s’accroupir sans tirer sur le tissu, puis il sort un mouchoir immaculé de sa poche pour le lui tendre.

Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il doucement. Un autre que lui aurait sûrement pensé à un chagrin d’amour… mais si la brunette était à l’origine du cri qu’il avait entendu, malgré le couvert du train en accélération, il était clair que ce n’en était pas du tout la raison.

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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Jeu 9 Aoû - 11:40

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J'avais oublié ce que c'était. Pleurer à chaudes larmes. Une activité hors norme que j'évite d'exercer devant tout le monde, généralement. Je l'esquive tout court, d'ailleurs. Ma fierté morfle autant que mon palpitant. Même mon âme est meurtrie. Parce qu'à présent, je sais qu'elle existe bel et bien. Et j'ignore ce qui lui arrivera quand un démon plus malin et plus fort que moi parviendra à me liquider. La liqueur salée et humide coule entre mes doigts pour venir s'échouer contre mes jambes et mes tennis. Un hoquet incontrôlable m'échappe. Une impression d'étouffement s'empare de ma gorge et je sais que l'unique moyen de débloquer cette démangeaison infernale, c'est de pleurer un bon coup. Encore. J'évacue tout dans cette gare que je crois bien déserte. J'en ai les épaules qui tremblent et la voix qui déraille. Le trouble me cloue tellement sur place que je mets un moment avant de percevoir la présence d'un individu. Le sursaut et le hoquet qui m'échappent n'ont pas du tout l'air de le surprendre.

Le type du wagon.

Il était là. Il a tout vu. Mes joues trempées de larmes luisent sous le lampadaire, probablement souillée par mon foutu mascara. Je suis meurtrie. Pas à l'idée de ressembler potentiellement à un panda prit en flagrant délit, mais à celle d'être grillée en train de chialer comme une madeleine. Je renifle, recule légèrement sur mon banc et observe le type avec méfiance. Puis le mouchoir qu'il me tend. Le type. Le mouchoir. J'hésite longuement. Les gars qui traînent dans les coins presque désertiques en pleine nuit sont rarement de gentils garçons attentionnés. Une vérité rendue plus crue encore depuis que je connais l'existence des choses qui rôdent dans la nuit. J'avise la carne de sa peau sous la lumière artificielle. Il est un peu pâle, mais rien de bien choquant. On ne voit ses choses là qu'à la lueur du jour, généralement. J'ai pas mon pieu sur moi. Ni même une foutue eau bénite. Je me mords la lèvre, agacée par ma propre stupidité.

Il est peut-être trop bien fringué pour être un vampire.

Je renifle à nouveau, me redresse lentement et prend lentement le mouchoir, sans faire de gestes brusques. Je me fait l'effet d'un animal apeuré, ce qui change pas vraiment lorsque je chipe le mouchoir rapidement avant de me détourner pour me moucher et essuyer toutes traces éventuels de mascara. Encore une fois, c'est la pudeur des larmes qui me fait agir plus qu'une futile question de coquetterie. Un hoquet m'échappe et ma poitrine se serre au moment où je sens une nouvelle salve menacer. Pas cette fois. Pas devant lui. Je me racle la gorge et avise le mouchoir roulée en boule avant de pivoter vers le type. Inutile de préciser que répondre à sa question est complètement inutile et futile. Franchement, j'ai l'air d'aller bien, là ? Je me racle la gorge, redresse mon dos trop courbé et me décale légèrement sur le banc avant de serrer les dents.

Va bien falloir que je crache quelque chose.

« - Merci.

Voilà, c'est fait. Je pose le mouchoir à côté de moi. Qui utilise encore des mouchoirs en tissu de nos jours ? Un picotement sur ma nuque m'alerte. Je m'y ferai jamais, à ces sensations de détresse. Ma condition de pauvre mortelle n'a de cesse de me rappeler à l'ordre. Le petit panneau Alerte dans ma caboche s'allume presque constamment maintenant.

De la pure paranoïa, sûrement.

- … Vous, vous venez clairement pas d'ici, je me trompe ? Je marmonne en avisant le mouchoir, puis sa tenue.

Ou encore son visage émacié et sa stature élancée et large. Il a l'air d'avoir été forgé dans l'acier. Si ce mec est réellement une créature de la nuit, j'ai pas beaucoup de chances face à lui. Ma force ne m'aidera pas. Qu'est-ce qu'il dit déjà, l'observateur ? Ah oui, la ruse. J'ai un petit côté sanguin et revanchard très pratique, dans ces conditions là. Je lâche un foutu rire cynique. Bien jaune. Bien amer. Je secoue ma bouille encore humide de larmes salées et soupire longuement.

- Si on était dans un bar, je vous aurai probablement alpagué depuis longtemps. »

J'ai pas pour habitude de fermer ma gueule. Taire ce que je pense est une faculté qui me manque parfois cruellement. Mais je m'en contrefous.


- Là, j'ai juste envie d'être seule.» je lâche d'une voix enrouée et faible.

Je lui lance un regard lourd de sens, pour bien lui faire comprendre le message. Parce que c'est tout ce que je veux, ma solitude. D'ailleurs, je devrais rentrer. Je renifle encore un coup, bondit sur mes pieds en agrippant la hanse de mon étui à guitare et m'apprête à tourner les talons.

Mais ça, c'était avant d'entendre un capharnaüm pas possible suivit d'un cri masculin strident. Je me détourne, les sens en alerte, puis avise l'inconnu. Et si ce type était un mortel comme les autres ? Je retiens un juron entre mes dents avant de lui jeter l'étui à la figure pour faire diversion et fait volte-face pour me précipiter vers le bruit. J'ai la force, certes, mais pas l'agilité surnaturelle de la tueuse. Sauter de l'autre côté du quai étant impossible pour mes petites jambes de potentielles, je fonce droit vers le pont tout en priant pour avoir été assez rapide pour que le type n'est pas le temps de me voir à l’œuvre.


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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Ven 10 Aoû - 13:04

Ça faisait des siècles que Vlad n’avait pas pleuré. Des siècles qu’il avait étouffé une part de son humanité pour pouvoir continuer à avancer dans ce monde qui changeait si vite. Depuis la mort d’Ileana, il n’avait versé aucune larme. Il ne s’en sentait plus capable, lui qui avait, depuis ce jour, refusé de s’attacher à quiconque. Oh, il s’était rapproché de certaines personnes au fil de décennies, mais jamais au point de les pleurer. Il y avait eu Louis et Claudia… Mina aussi… mais tout restait de l’amitié, des points communs, des objectifs communs… des êtres qu’on ne pleurait pas si la vie prenait un chemin différent.

Pourtant, cette jeune femme que les sanglots secouaient… Sa détresse faisait écho dans son cœur mort. On ne pleurait pas une amourette de cette façon. Son tourment était plus fort que ça… même s’il avait vu bon nombre de gamines menacer du pire si « l’amour de leur vie » venait à les repousser. Malgré son approche prudente, la jeune femme sursaute et hoquète. Le regard qu’elle lui lance ressemble à celui qu’un cerf pris dans les phares d’une voiture… Ses joues sont humides et maculées de noir. Que pleure-t-elle ainsi ? Il avait pleuré la perte de son humanité en même temps que la mort de celle qu’il aimait.

Elle recule légèrement, mais il reste accroupi, le mouchoir tendu. Il ne fait pas un geste brusque, rien du tout. Il ne veut pas qu’elle fuie alors qu’elle est dans cet état. Bien sûr qu’elle hésite. Ils sont seuls, dans cette gare vide, la nuit luttant avec la lumière des lampadaires. Elle finit par s’approcher, s’emparer du mouchoir. Ils évoluent l’un avec l’autre comme deux bêtes sauvages qui se rencontrent, incertaines de savoir ce que veut l’autre, incertaines de la force que possède l’autre. Il baisse les yeux, lui laissant un semblant d’intimité alors qu’elle essuie ses larmes et se mouche.

Elle se racle la gorge plusieurs fois, avant de le regarder finalement, de prononcer un simple mot de remerciement. Il ne récupère pas le mouchoir, il en a d’autres. Il sourit, amusé, à la réplique qu’elle lui sort. Non, en effet. Il avait connu bien des pays, bien des époques… et, toujours, il semblait légèrement en arrière sur l’époque, sauf en ce qui concernait ses affaires. Elle se met à rire. Ces rires qui se mêlent à un reniflement sarcastique. Et il penche la tête sur le côté, curieux de cet acte soudain. Il reste silencieux pourtant, attendant qu’elle partage le fond de ses pensées. Un nouveau sourire étire ses lèvres alors qu’elle lui parle d’autres circonstances, d’une rencontre qui aurait pu avoir lieu à un autre moment. Amusé, flatté aussi… habitué. De nombreuses femmes cherchent à s’accrocher à son bras, pour une nuit, pour la vie, pour son physique ou bien son argent. Parfois, il se laisse aller à leur étreinte… D’autres fois… non. Il ne pouvait juste pas. Le fantôme d’Ileana le hante toujours, tour à tour dans son désir de le voir vivre pleinement son éternité, et dans son chagrin rageur… Il l’avait abandonnée pour une solution hypothétique au combat qui se jouait sous leurs fenêtres…

Le reste de ses mots le ramènent pourtant à la réalité. Il hoche la tête, déplie ses jambes pour se redresser. Bien sûr. Je ne voulais pas m’imposer. Elle finit par se lever, s’emparer de son étui à guitare, comme si elle allait le laisser là. Peut-être valait-il mieux, en vérité. Sa soif grondait toujours quelque part en lui, même s’il parvenait pour l’instant à la museler. Il allait devoir se nourrir malgré tout, cette nuit ou la suivant, sinon il ne donnerait pas cher du prochain humain qui croiserait son chemin.

Il ouvrit la bouche, prêt à lui dire d’être prudente, qu’un bruit sourd et un cri le devancent. So regard se porte dans cette direction, avant de croiser les prunelles de la demoiselle. Ces dernières brillaient de détermination, sa détresse semblait s’être envolée face à celle d’un autre être humain. Elle n’était clairement pas comme les autres. Les autres… ils auraient soit pris la fuite, refusant de s’impliquer dans la chose, soit se seraient approchés par pure curiosité morbide. Mais avant qu’il ne puisse songer plus à la question, la demoiselle lui jeta l’étui de l’instrument à la figure pour courir vers le bruit.

Vlad rattrapa facilement la guitare et passa la sangle sur son épaule avant de prendre, presque tranquillement, la même direction. Il attendit malgré tout qu’elle passe le pont, pour lui descendre sur les rails et remonter de l’autre côté. Si bien qu’il arrivait presque en même temps qu’elle à l’entrée de la ruelle. Il constata un homme en train de se faire attaquer. Pas par un autre humain cependant. La demoiselle ne ralentit pas pour autant. Faisait-elle partie de la police ? Avait-elle vu trop de Batman ou bien de James Bond et autres Mission Impossible pour se jeter ainsi face à un adversaire dont elle ne connaissait rien ?

Vlad craignait que la jeune femme ne se blesse, pourtant, elle semblait ne pas se débrouiller trop mal. Malgré tout, elle ne semblait avoir aucune arme sur elle pour combattre le suceur de sang. Il doutait aussi qu’elle possède suffisamment de force pour lui arracher la tête à mains nues… Et attendre le lever du soleil n’était pas envisageable. Alors Vlad décida de se mêler du combat, attrapant son semblable par la peau du cou pour l’envoyer valser contre un mur. Peut-être pourriez-vous vous occuper de notre prince en détresse ? fit-il avec un soupçon d’humour, même si, en vérité, il craignait de s’en approcher de trop, lui qui avait déjà deux trous dans la gorge. Le vampire sentait déjà l’hémoglobine lui chatouiller les narines…

Il se détourna alors pour faire face à l’autre, bien plus jeune que lui. Il agita son index sous son nez, dans un claquement de langue réprobateur. Il chuchota à son oreille quelques mots. Il y a des façons plus propres de se nourrir, mon ami… Pas besoin d’alerter tout le quartier. Même s’il pouvait comprendre la saveur de la peur. Parfois, il en rêvait encore, de tous ces soldats turcs dans lesquels il avait suscité une terreur sans nom sur le champ de bataille…

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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Mer 26 Sep - 15:14

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L'adrénaline constante qui coule dans mes veines pulse plus fort que jamais. Mais elle est toujours là, à son niveau anormalement élevée. Une compagne qui gâche ma vie au quotidien, même maintenant. Je souffle longuement, contrôle ma respiration et aiguise mon regard. Je n'ai ni les réflexes, ni les sens aiguisés de la tueuse – d'après ce que Sebastian et les livres m'ont dit – mais l’entraînement m'a appris que les sens humains étaient non négligeables. Mon palpitant tambourine si fort contre mes tympans que je suis obligée de regarder attentivement autour de moi pour compenser l'absence d'une ouïe efficace. La pénombre et les miasmes désagréables typiques d'une gare inondent mes naseaux.  A peine essoufflée, je freine à l'entrée de la ruelle pour voir une saloperie de dents longues plaquer un pauvre homme contre un mur. A ma grande surprise, l'homme  à qui j'ai lancé mon instrument se tient juste à côté de moi. Et ma stupeur me fait perdre de précieuses secondes. Debout à côté de lui,  j'ai l'impression d'être encore plus petite que d'habitude.  La surprise m'a tellement clouée sur place qu'il a déjà pris les devants.  
Je le vois se diriger vers le vampire tenant l'humain pour le maîtriser et me précipite immédiatement vers la victime pour lui venir en aide. Pour être honnête, son trait d'humour ne me fait pas rire. Je n'aime pas qu'il me pique mon boulot. L'idée qu'il le fasse probablement à cause de mon genre et de mon gabarie me fait grincer des gencives.

J'agrippe le pauvre homme sous le choc, le traîne aussi loin que possible et lui ordonne de mettre sa main contre sa plaie.

« - Prenez un bout de votre t-shirt, comme ça, et quoi qu'il arrive, ne l'enlevez pas où l’hémorragie va empirer !

J'avise le brun, fronce les sourcils et inspire longuement. Qu'est-ce qu'il fabrique ? Mais dans la pénombre de la ruelle, une paire d'yeux brillent. Bestiales.

Dangereuses...

- Ah.

Alors ça, ça dépasse un peu trop mes espérances. Je grimace, laisse l'humain et fonce vers l'autre vampire en avisant sa drôle de tenue. Un vampire prêtre ? Comme quoi, je suis réellement loin d'avoir tout vu. Un sentiment de peur trop familier commence doucement à s'insinuer dans ma caboche. Mes orbes roulent du vampire à l'humain étalé à terre, puis à son comparse maîtrisé par le géant. « Protéger les humains. » C'est la première mission qui me sera demandée si ces foutues forces supérieures décident de faire tomber l'épée de Damoclès qui tangue au-dessus de ma tête. En attendant, j'ai un vampire à occire et ce grand brun trop séduisant pour mon bien semble se débrouiller. Et mon propre adversaire profite de mon moment d’inattention pour me foncer dessus. Je plisse immédiatement les genoux et sent le mort-vivant trébucher sur mon dos sous l'effet de surprise. Mais à peine est-il à terre qu'il bondit sur ses deux pieds, agile comme félin. J'en fait de même, roulant sur place pour me mettre en position défensive. J'ignore ce qu'il se passe du côté du géant, trop concentrée sur celui qui veut me vider les veines.  Ses yeux jaunies et sa gueule crevassée me tirent une grimace.

L'autre vampire se pavane jusqu'à faire tourner un chapelet à la croix bousillée.

- Je vais t'apprendre à méditer sur la vie, jaune catin. Je sens de la noirceur en toi ! Laisse-nous y goûter.  Mes frères et moi prieront pour ton âme pervertie !

Mes prunelles vont de ma cible à ce qui m'entoure. Il est hors de question que je bousille encore ma guitare – que je viens de voir au dos du brun – pour tuer un macchabée. Et bien entendu, j'ai encore oublié mon pieu. Mes prunelles trouvent finalement une vielle palette. Je plaque mon talon contre l'un des bouts de bois et le propulse en l'air pour l'attraper au vol. Tout n'aura duré que quelques secondes entre la collision et cet instant. Soit une éternité pour un vampire. Je vois son expression changer alors que je lui adresse un sourire mutin. Durant cette micro éternité vampirique, il n'a rien vu venir. Je pivote, utilise le mur comme trampoline et bondit sur le vampire. La danse frénétique commence. Un concerts de baffes et de cris démarre. Des moulinets de bras, des esquives ratés, et enfin, le pieu improvisé planté dans la chair poisseuse du mort-vivant.

- Médite sur ça, ducon.

Je ferme lippes, paupières et narines pour m'épargner la cendre. Une phrase me revient soudainement. Mes frères et moi. Mes. Je me détourne vers le grand brun, l'humain à terre gémissant et le vampire qu'il tient. L'homme vivra.

- Attendez !

Je me précipite vers eux pour pousser le géant et agripper l'autre par le col.

- Le n-les autres, ils sont où ?

L'autre se marre, grimace au contact des briques froides et souffle entre ses crocs.

- Tu crois que je vais te le dire, traînée ?

Je serre les dents, maintient le suceur de sang et tourne le menton vers celui que je suppose être humain.

- Trouvez-moi de quoi l'attacher fermement... S'il-vous-plaît.
- Quoi ? Tu vas faire quoi ?! Eh !

J'avise l'humain à terre, encore conscient et sous le choc, puis le brun.  J'ai fait une sacrée boulette en m'exposant ainsi, mais est-ce que j'avais réellement le choix ?

- T'es... T'es la tueuse ? Comment tu...

Je plaque mon bras contre la gorge du mort-vivant pour le faire taire, lui lance un regard d'avertissement et serre les dents. Lorsque l'homme revient avec une vielle chaînée rouillée mais solide, je le remercie d'un signe de tête et retourne le vampire pour l'attacher fermement.

- Vous pouvez... Partir avec lui pour l'emmener aux urgences ? Je maîtrise la situation, ces types sont... Des tarés. Juste des tarés. J'vais embarquer ce type au poste.  J'suis ceinture noire et ce mec est à moitié ivre. »

J'ignore s'il m'a vue tuer l'autre vampire, mais je sais que je patauge dans la semoule.



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Vladimir Skender
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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Ven 28 Sep - 14:40

La demoiselle se chargea de la pauvre victime. Vlad, lui, retint son souffle. Non pas qu’il ait encore besoin de respirer — ce n’est plus le cas depuis longtemps —, mais il ne voulait pas que la fragrance cuivrée du sang et celle, plus capiteuse encore, de la peur ne lui fasse perdre ses moyens. Il devait se nourrir, bientôt. Il n’avait pas prévu de jouer les bons samaritains. Pas pour consoler la brunette, pas pour sauver un inconnu... mais, visiblement, son grand cœur allait finir par le perdre. Quelle ironie. Le fameux Dracula avec un cœur.

Il poussa un léger soupir et riva un regard presque haineux au vampire qu’il tenait toujours. Devait-il le tuer ? Juste parce qu’il n’avait pas été très discret. Peut-être était-il encore jeune. Peut-être n’avait-il eu personne pour lui enseigner ces choses-là. Vlad n’avait eu personne non plus, pas vraiment, mais à son époque, le surnaturel et la violence n’étaient pas aussi réprimandés qu’aujourd’hui. Sa langue claqua contre son palais. Il aurait été seul, sûrement l’aurait-il laissé partir... mais le pouvait-il, avec la demoiselle qui semblait plutôt décidée pour l’inverse ?

Mais, déjà, il percevait l’infime bruit d’un autre intrus dans la ruelle. Un autre vampire, puisqu’il n’entendait pas de battement de cœur. Pas de respiration non plus. Vlad fronça les sourcils. Était-ce l’odeur du sang qui l’avait attiré ? Ou autre chose ? La victime ne semblait pas saigner à ce point... pas pour rameuter tous les vampires du quartier en tout cas. Mais alors... pourquoi deux vampires sur le même pauvre malheureux ? Le nouveau venu était-il le sire de celui qu’il coinçait dans sa poigne ? Ce point mystérieux frustrait l’ancien voïvode au plus haut point.

Le nouveau venu attaqua sans trop attendre, mais roula un peu plus loin alors que la brunette s’abaissait pour l’éviter. D’un œil plus ou moins curieux, Vlad observa le ballet létal qui se déroulait sous ses yeux. La demoiselle se débrouillait admirablement bien. Entraînée. Contre les vampires ou bien simplement un sport de combat, ou bien un métier de protection. Il roula des yeux vers le ciel étoilé en entendant les mots du second vampire. Il y en avait que devaient apprendre à vivre avec leur temps.

Un craquement de bois interrompit ses pensées : la mise à mort définitive n’était pas loin. Et il n’avait toujours pas décidé de ce qu’il devait faire du pauvre gamin qu’il avait entre les pattes. Un nouveau soupir lui échappa. Il devait choisir avant que la demoiselle ne rapporte son attention sur lui. — Attendez ! — Trop tard. Mais, dans un sens, ça lui épargnait le choix d’incapaciter, voire tuer, l’un des siens. Au moins n’avait-elle pas l’impression de s’inquiéter de savoir comment il faisait pour maîtriser un vampire d’une seule main. — Le n-les autres, ils sont où ? — Tu crois que je vais te le dire, traînée ? Un grognement mourut sur les lèvres de Vlad après avoir fait vibrer sa gorge. Décidément, la politesse n’était plus en vigueur. — Trouvez-moi de quoi l'attacher fermement... S'il-vous-plaît. — Quoi ? Tu vas faire quoi ?! Eh !Peut-être t’apprendre les bonnes manières ? marmonna l’ancien voïvode en s’éloignant.

Il aurait pu tout aussi bien le tenir, ou l’assommer, mais il était plus sûr de faire comme s’il n’en était pas capable. Derrière des poubelles et une palette, il trouva une vieille chaîne. Il la testa, tirant dessus. Certains maillons gémirent, mais l’autre vampire était loin de détenir la même force que lui. Il entendit l’intéressé balbutier. Dans l’obscurité, il haussa un sourcil. Peut-être pas la Tueuse, non... mais ça ne serait pas la première fois que Vlad croiserait une potentielle. Et la précipitation avec laquelle la demoiselle fit taire l’agresseur, peut-être que ce dernier n’était pas loin de la vérité. Mieux valait ne pas trop faire étalage de sa force donc.

Il revint avec la chaîne, la lui tendit et la laissa se débrouiller. — Vous pouvez... Partir avec lui pour l'emmener aux urgences ? Je maîtrise la situation, ces types sont... Des tarés. Juste des tarés. J'vais embarquer ce type au poste.  J'suis ceinture noire et ce mec est à moitié ivre. — Un vague sourire amusé flotta sur les lèvres du Transylvanien. Il ne fit pourtant aucune remarque. Il n’avait certes pas vu l’autre vampire tomber en poussière, mais le petit tas grisâtre un peu plus loin faisait office de preuve, pour qui savait quoi regarder. Il se détourna pour poser les yeux sur le blessé. Il était bien pâle, le morceau de t-shirt contre son cou gorgé de sang. Les crocs de Vlad démangèrent l’intérieur de sa bouche. Non, il n’avait toujours pas mangé. Et ne pouvait clairement pas le faire ici et maintenant, certainement pas sur la victime. Le ponctionner un peu plus signerait son arrêt de mort... et Vlad n’avait plus tué personne en se nourrissant depuis longtemps.

Je suis navré, je suis assez nouveau dans la région... Je ne sais pas où se trouve l’hôpital. Ce n’était qu’un demi-mensonge. Il était en effet arrivé depuis peu, mais il savait très bien où se situait les urgences. Il y avait laissé quelques-uns de ses encas, pour s’assurer qu’ils ne passeraient pas l’arme à gauche. Il plongea néanmoins la main dans la poche de son manteau pour en sortir son 3310 et composer le numéro d’urgence. Oui, bonsoir. Un homme s’est fait agresser dans une ruelle non loin de la gare, à côté du parking sous-terrain. Il a perdu beaucoup de sang, mais vit encore. Oui. Bien. Merci. L’échange ne dura pas bien longtemps, et Vlad pivota pour rapporter son attention sur la jeune femme. Ça valait mieux que sur l’homme au sol. Il n’entendait que trop bien son cœur affolé, sa respiration difficile. Le corps tendu comme un arc, le Transylvanien était un poil trop immobile. Il craignit un instant que son visage ait changé pour adopter le masque du démon qui couvait en lui. Celui qui voulait achever la vie filante sur le bitume, se gorger de la puissance de la potentielle à un pas.

Finalement, il fit claquer sa langue contre son palais et se détourna. Il devait faire quelque chose, sinon ça allait mal finir. Attendre l’ambulance n’était pas une solution. Plus les minutes s’écouleraient, plus il y aurait de chances pour qu’il finisse par biberonner la poche de transfusion qui arriverait pour maintenir en vie le blesser... et clairement, il ne voulait pas qu’on le voit dans cette situation. S’enfuir jusqu’aux berges du Rhône dans l’espoir de trouver un ragondin sur lequel se nourrir ? L’idée lui donnait la nausée. Mais alors... quoi ?

Avez-vous besoin d’aide avec ce délinquant ? demanda-t-il en desserrant à peine les lèvres, de peur que ses crocs se soient allongés. Accompagner la demoiselle jusqu’au poste n’était pas non plus une bonne idée. Alors pourquoi restait-il là, planté comme l’un de ces nobles qu’il avait empalés autrefois, à ne rien faire ?


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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Mar 23 Oct - 12:14

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La remarque de l'homme m'arrache un petit sourire vicelard. Quelques traînées de mascara s'étalent probablement sur mes joues, mais le vampire que je tiens en grippe comprend brusquement qu'il a plutôt intérêt à ne pas jouer les misogynes avec  moi lorsque je l'attache fermement avec les chaînes tendues par l'autre homme. Il faut vraiment que je lui trouve un nom. Je déteste ne pas connaître l'identité des gens. Je lui jette un coup d’œil alors qu'il émet un léger rire incrédule à ma demande.

« - Quoi ?

Sa réponse m'apprend néanmoins qu'il n'est pas en train de remettre mes capacités en doute, bien au contraire. C'est avec les siennes, qu'il a un problème.

- Oh... , je fais, penaude.

Et dire que j'étais prête à lui sauter à la gorge ! Je renifle, me détourne et avise le vampire attaché solidement à la tuyauterie extérieur. Je la manipule et tire dessus pour vérifier qu'elle ne partira pas en un claquement de doigts, laissant le vampire fuir. Et j'hausse un sourcil en avisant l'homme sortir un 3310 de sa poche.  Les téléphones mobiles sont encore un truc avec lequel j'ai du mal à collaborer. Et en voyant à quel point ça lui facilite la tâche, ça m'agace. Pas que j'ai pas envie de sauver ce type de ce pétrin. Mais si les flics déboulent et voient le vampire attaché, ils l'embarqueront en prison. Et à l'ombre, en plus. Je me détourne vers lui et avise son petit regard satisfait. Un lot de chair fraîche, rien que pour lui. Merde !  « Avez-vous besoin d’aide avec ce délinquant ? »

- Non !

Je mords ma lippe inférieure en réalisant la brusquerie de mes mots. Il faut que je trouve une solution. Ce type ne m'aide pas, malgré toutes ses belles intentions. Sebastian va me faire la peau... Je suis cuite. J'expire par les naseaux, jette un regard au vampire et avise le ciel. Une idée me vient soudainement et je me détourne vers le grand brun.

- En fait si, vous pouvez me passer votre téléphone ? Je demande en lui tendant la main.

Je lui prend sans qu'il est le temps de rétorquer et fixe le téléphone. Un petite sourire triomphant étire mes lèvres.  Je pianote rapidement pour changer l'heure et je tends le petit écran à peine visible au vampire.  Il n'y connait probablement absolument rien, même si il est jeune. Ces babioles sont si récentes en France que la plupart des gens oublient encore qu'elles existent.

- Tic tac, l'heure tourne...

Pour le vampire, il ne reste désormais qu'une petite demi-heure avant que l'astre s'élève pour lui cramer la peau. Soit pas assez de temps pour sa pomme. Il darda sur moi un regard apeuré, passant du cellulaire à mes prunelles aux arcades haussées. Visiblement, il tombait stupidement dans mon piège.

Encore un qui s'était trop goinfré avant de venir.

- … Cimetière de la Guillotière, soupira finalement le vampire en baissant le menton.

J'éclate d'un rire sinistre en jetant le téléphone à son propriétaire. Je me penche vers lui, plante mes prunelles dans les siennes et marmonne avec perfidie :

- Le jour arrive pas avant cinq heures, abruti. Merci de l'info. 

Le temps que l'information lui monte au cerveau, je me suis déjà décalée. Assez pour esquiver un coup de canines. On a plutôt intérêt à décamper avant qu'il nous sorte sa gueule de lépreux. C'est probablement trop tard. L'idée que le brun ait pu louper la moindre chose étrange est pratiquement impossible. Je me détourne rapidement, me penche vers le pauvre blessé et le soulève avec souplesse en me décalant aussi loin que possible du vampire et au plus proche de la sortie. Au loin, les sirènes des ambulanciers hurlent dans la nuit. Je dépose à nouveau l'homme à terre, farfouille dans mes poches et lui passe une barre de chocolat. Heureusement que j'ai toujours ces machins sur moi.

- Mangez-ça, vous avez perdu beaucoup de sang.

Le blessé me remercie d'un mouvement de tête et, lentement mais sûrement, commence à grignoter la barre chocolatée. Je le fixe longuement, avant de lever mes mirettes vers le géant. Un sourire penaud collé sur la face, j'essuie mes mains sur mon jean, lui adresse un sourire gêné et lâche un rire qui pue le malaise.

- Alors euh... Vous... vous avez vu quoi, au juste ? »

Inutile de tourner autour du pot.



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MessageSujet: Re: Paint it, black ◊ Vlad&Alex   Sam 10 Nov - 14:34

La jeune femme ne manque pas de hargne, jusque dans ses paroles et sa propension à réagir au quart de tour. Vlad ne pouvait empêcher un sourire de fleurir sur ses lèvres. Ce n’était pas la première fois qu’il croisait la route d’une potentielle. Peut-être même avait-il même fait la connaissance de la Tueuse, une fois. La plupart de ces —trop — jeunes femmes possédaient un répondant sans égal. Vlad s’était souvent fait la remarque que ce devait être pour compenser leur vie trop souvent plus courte que celle des autres mortels. Elles brillaient plus fort, dans l’espoir que cette lumière subsiste après leur mort.

Une légère vague de mélancolie l’étreignit et il se plongea dans l’utilisation de son téléphone mobile pour la chasser. L’appareil lui apparaissait révolutionnaire. Pouvoir joindre quelqu’un, depuis n’importe où, sans se trimballer un poids de plusieurs kilogrammes sur l’épaule. Plus que cela, c’était les avancées faramineuses de la technologie qui l’étonnaient le plus. Lui qui avait vécu si longtemps, ces dernières décennies accéléraient à en dérégler ses habitudes. Il le constatait tous les jours un peu plus au sein de sa société. Pétrole, or noir et moderne.

— Non ! — Il ne réagit pas à la fougue de sa réponse. Visiblement, elle n’avait qu’une envie : qu’il s’en aille. Il se doutait que ce n’était pas tant à cause de sa personne, mais parce qu’elle ne voulait pas qu’il découvre le pan noir du monde dans lequel ils vivaient. Il reste silencieux, lui donne le temps de trouver une solution. Bien loin de s’amuser de sa détresse, il respecte surtout son besoin d’indépendance.

— En fait si, vous pouvez me passer votre téléphone ? — Bien sûr. Il lui tend l’appareil et l’observe pour découvrir son plan. Elle pianote, sans qu’il ne sache ce qu’elle cherche à faire. Contrairement à quelques années plus tard, pour l’instant, aucune information cruciale ne demeurait sur l’appareil, donc elle pouvait bien en faire ce qu’elle voulait. Il n’utilisait même pas le répertoire, tous les numéros gravés dans sa mémoire phénoménale. — Tic tac, l'heure tourne... — …Cimetière de la Guillotière Vlad fronça les sourcils. Il savait que le soleil n’arriverait pas avant plusieurs heures… Même s’il était souvent aisé de perdre le fil du temps, il était vital pour les vampires d’avoir un bon instinct sur la chose… On n’apprenait visiblement plus rien à ces jeunes.

Il récupéra son téléphone et celui-ci retrouva sa place au fond de sa poche. L’ambulance arrivait, précédée de sa sirène et la jeune femme tendit une barre de chocolat à l’homme blessé. Finalement, elle reporta son attention sur lui. Il pouvait sentir son malaise. Il faisait souvent cet effet aux gens, mais les circonstances n’arrangeaient rien. — Alors euh... Vous... vous avez vu quoi, au juste ? — Il esquissa un léger sourire. J’ai vu, et entendu, beaucoup de choses. Il marqua une pause, pas assez longue cependant pour qu’elle puisse en placer une. Mais ne vous inquiétez pas, mademoiselle, rien que je n’ai pas déjà vu, ou entendu.

Il s’inclina légèrement avant de se redresser. Vous vous débrouillez admirablement bien seule. Lui, par contre, commençait à sentir la soif lui gratouiller les gencives… Et il avait certainement bien plus à perdre que la jeune femme si elle découvrait son secret, contrairement à l’inverse. Il n’avait pas survécu si longtemps en laissant chaque potentielle qu’il avait croisée découvrir sa véritable nature. Il eut un nouveau sourire. Comme vous semblez avoir la situation bien en mains, je vais vous laisser. Il devait chasser ou, à défaut, aller se trouver une poche de sang… et clairement pas dans l’ambulance qui arrivait.

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